« La donnée est une mine d'or. Encore faut-il savoir l'utiliser. »
Comment proposer aux communes rurales un niveau de sécurité comparable à celui des grandes villes ? Comment mutualiser les moyens tout en maîtrisant les coûts ? Et surtout, comment transformer un centre de supervision en véritable outil de pilotage du territoire ?
C’est à ces questions qu’a répondu le Département de la Corrèze lors d’une table ronde consacrée aux centres de supervision ruraux et à la donnée territoriale.
Aux côtés de Guillaume Rochette, Directeur général d’Ubicité, Pascal Coste, Président du Département de la Corrèze, est revenu sur la genèse du projet CSR19 (Centre de Supervision Rurale 19), ses choix stratégiques, les difficultés rencontrées et les perspectives d’évolution.
Un témoignage qui montre qu’un centre de supervision n’est plus seulement un outil de vidéoprotection : il devient le cœur numérique d’un territoire.
Un constat simple : les territoires ruraux avaient besoin de leur propre modèle
La Corrèze compte près de 245 000 habitants répartis sur un territoire majoritairement rural.
Si la ville de Brive disposait déjà de son propre centre de supervision urbain, le reste du département ne bénéficiait pas d’un service mutualisé permettant aux communes de renforcer leur sécurité tout en conservant des coûts maîtrisés.
Au même moment, plusieurs phénomènes s’accéléraient :
- une hausse importante des cambriolages en milieu rural ;
- des attentes croissantes des maires en matière de sécurité ;
- la multiplication des données issues des équipements connectés ;
- la nécessité de mieux valoriser les infrastructures numériques déjà déployées sur le territoire.
Pour Pascal Coste, le sujet dépassait largement celui de la vidéoprotection.
« Le véritable sujet, c’est de remettre l’usager au cœur de nos politiques publiques. »
Une conviction : la donnée doit rester au service des territoires
Très rapidement, le Département fait un choix fort : celui de la souveraineté des données.
Toutes les informations remontées par les équipements doivent rester sous maîtrise publique, hébergées sur des infrastructures locales capables d’alimenter les différents services départementaux.
Pour Pascal Coste :
« La donnée est une mine d’or. On le sait, mais on ne sait pas encore suffisamment l’utiliser. »
Cette vision ouvre rapidement des perspectives bien plus larges que la seule sécurité.
Le centre de supervision est pensé comme une plateforme capable, demain, d’agréger les données issues :
- de la vidéoprotection ;
- de l’eau ;
- des bâtiments publics ;
- de l’éclairage ;
- des infrastructures routières ;
- de la téléassistance ;
- de futurs objets connectés.
L’objectif est de pouvoir disposer d’un véritable centre d’hypervision départemental.
Mutualiser plutôt que multiplier
Autre choix stratégique fort : éviter que chaque collectivité développe sa propre infrastructure.
Le Département porte un modèle mutualisé permettant aux communes d’accéder à des technologies qu’elles ne pourraient financer seules.
Aujourd’hui, plusieurs dizaines de communes ont déjà rejoint cette démarche.
Le modèle permet notamment :
- d’assurer une supervision 24h/24 ;
- de mutualiser les coûts d’exploitation ;
- de garantir la maintenance ;
- de conserver une gouvernance publique des données.
Pour Pascal Coste :
« Il faut arrêter de refaire chacun la même chose. Mutualiser, c’est gagner du temps, gagner de l’argent et améliorer le service rendu. »
L'intelligence artificielle change complètement la manière d'exploiter les caméras
L’un des enseignements majeurs du projet concerne l’utilisation de l’intelligence artificielle.
Pour le Président du Département, un opérateur ne peut raisonnablement pas surveiller plusieurs centaines de flux vidéo en permanence.
L’enjeu consiste donc à passer d’une logique de surveillance continue à une logique de traitement intelligent des alertes.
L’intelligence artificielle permet notamment :
- de détecter automatiquement des comportements inhabituels ;
- de reconnaître un type de véhicule ou un objet recherché ;
- d’identifier un franchissement de zone ;
- de détecter des situations à risque ;
- d’analyser des événements sans mobilisation permanente d’opérateurs.
Comme le résume Pascal Coste :
« Les agents ne regardent plus les écrans en permanence. Ils traitent les alertes. »
Cette évolution permet d’améliorer simultanément :
- la réactivité ;
- l’efficacité opérationnelle ;
- les coûts d’exploitation.
La caméra devient un capteur territorial
Pour Guillaume Rochette, Directeur général d’Ubicité, la véritable évolution est ailleurs.
Il ne s’agit plus seulement d’exploiter des images.
Il s’agit d’exploiter de la donnée.
« L’enjeu est de ne plus considérer la caméra uniquement comme un outil de sécurité, mais comme un véritable capteur territorial capable d’alimenter les décisions publiques. »
Grâce à l’intelligence artificielle, une caméra peut aujourd’hui produire des informations utiles pour :
- analyser les flux de circulation ;
- mesurer les mobilités ;
- accompagner les plans de circulation ;
- détecter des événements inhabituels ;
- produire des statistiques ;
- alimenter une cellule de crise.
Croisées avec d’autres données territoriales, ces informations deviennent de véritables outils d’aide à la décision.
Un projet qui dépasse largement la sécurité
Au fil des échanges, une évidence apparaît.
Le CSR19 ne constitue pas uniquement un projet de vidéoprotection.
Il devient progressivement le socle numérique de nombreux services départementaux.
Parmi les cas d’usage évoqués :
- supervision des équipements d’autonomie ;
- téléassistance aux personnes âgées ;
- gestion des infrastructures routières ;
- instrumentation météo des routes ;
- suivi des consommations d’eau ;
- hypervision énergétique ;
- gestion de crise ;
- protection des collèges ;
- accompagnement des communes.
Cette approche illustre parfaitement la convergence entre sécurité, données territoriales et pilotage des politiques publiques.
Pourquoi la Corrèze a choisi Ubicité
Dans cette démarche, le Département recherchait un partenaire capable d’aller au-delà d’une approche traditionnelle de la vidéoprotection.
Comme l’a expliqué Pascal Coste, le choix d’Ubicité s’est naturellement imposé autour d’une vision commune :
- faire de l’intelligence artificielle un outil opérationnel ;
- conserver une architecture ouverte et évolutive ;
- préparer un futur centre d’hypervision capable d’intégrer progressivement de nouveaux usages.
« Nous voulions travailler avec des spécialistes capables de construire un véritable centre d’hypervision, pas simplement un système de caméras. »
Cette approche permet aujourd’hui au Département de préparer les prochaines étapes de son développement tout en conservant une totale maîtrise de son infrastructure.
Les enseignements clés
L’expérience de la Corrèze montre qu’un centre de supervision départemental constitue bien davantage qu’un projet de sécurité.
Lorsqu’il est pensé dès l’origine comme une plateforme de données territoriales, il devient un levier de transformation pour l’ensemble des politiques publiques.
Les principaux enseignements du projet sont clairs :
- partir des usages avant la technologie ;
- mutualiser les infrastructures pour réduire les coûts ;
- conserver la souveraineté des données ;
- intégrer l’intelligence artificielle dès la conception ;
- prévoir une architecture évolutive capable d’accueillir de nouveaux services.
Comme le résume Pascal Coste :
« On fixe un objectif, on met les moyens, on tient un calendrier… et surtout on ne cesse jamais de remettre le projet en question pour continuer à progresser. »
Le CSR19 démontre qu’il est possible, même sur un territoire rural, de bâtir une infrastructure numérique capable d’améliorer la sécurité, d’optimiser les services publics et de préparer le territoire aux défis de demain.